Le contexte en Méditerranée


La Méditerranée centrale demeure l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde. Face aux politiques européennes de verrouillage des frontières, les personnes en migration sont contraintes de prendre de plus en plus de risques pour tenter de rejoindre le continent européen.

Les refoulements illégaux en Libye et en Tunisie

Depuis la fin de l’opération Mare Nostrum lancée par l’Italie en 2014, les États européens se sont désengagés du sauvetage en mer Méditerranée. Ils ont choisi d’investir massivement dans la sécurisation et l’externalisation de leurs frontières, afin de refouler à tout prix les personnes en quête de sécurité. Ces politiques de verrouillage des frontières européennes n’ont conduit qu’à rendre les traversées plus dangereuses et plus mortelles.

Depuis 2018, l’UE a financé à hauteur de dizaines de millions d’euros les soi-disant garde-côtes libyens, des milices illégitimes et violentes, puis, depuis 2023, les garde-côtes tunisiens, avec le soutien opérationnel de Frontex. Sous couvert de déléguer les opérations de « sauvetage » à des États tiers, ces fonds servent à bloquer à tout prix l’accès à l’Europe aux personnes en quête de protection.
Ramenées de force en Libye, elles risquent la détention arbitraire, la torture, le viol, l’exploitation, des assassinats extrajudiciaires, l’esclavage et les assassinats extrajudiciaires. En Tunisie, les personnes en migration sont confrontées à des violences racistes dans le pays, ainsi qu’à des détentions arbitraires, des expulsions collectives, des abus, des actes de torture et d’autres mauvais traitements.
Ces crimes sont largement documentés, notamment par l’ONU. Pourtant, l’Europe continue d’alimenter ces violences, se rendant directement responsable de ces violences et de ces décès en mer (voir notre appel à cesser la collaboration UE-Libye).
Les États européens ont investi dans des opérations de surveillance avec Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Elle a pour mission première de contrôler les frontières extérieures de l’UE, au détriment de l’assistance aux personnes en détresse en mer. Équipée d’avions, de drones et de navires, l’agence est l’une des mieux dotées de l’UE, avec un budget qui a été multiplié par 140 en 14 ans. Elle va jusqu’à fournir les coordonnées et les photos aériennes des embarcations en détresse aux soi-disant garde-côtes libyens, permettant ainsi le refoulement des personnes en Libye ou en Tunisie.
Suite à la plainte de plusieurs associations, une enquête est en cours à l’encontre de l’ancien directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, pour complicité de crimes contre l’humanité et de tortures (voir l’article de Utopia 56).
Nous exigeons la fin de la collaboration entre l’UE et les soi-disant garde-côtes libyens et tunisiens !

La criminalisation des acteurs solidaires en mer

Depuis 10 ans, les différents acteurs SAR en mer apportent les premiers secours en Méditerranée. Pour cela, ils sont bloqués et criminalisés, ce qui a pour conséquence directe une plus grande mortalité en mer. Depuis 2022, sous le gouvernement d’extrême droite de Meloni en Italie, les navires de sauvetage ont été immobilisés dans les ports pendant plus de 1 000 jours. 1 000 jours au cours desquels aucun navire de sauvetage n’était disposé à effectuer ses actions en mer. En 2025, ce sont 2 aéronefs qui ont été immobilisés, et notre avion, le Colibri 2, en faisait partie.

→​​​​​​​ En septembre 2025, notre avion, le Colibri 2, a été immobilisé pour une durée de 20 jours par les autorités italiennes, assorti d’une amende de 100 000€, notamment pour ne pas avoir communiqué avec les autorités maritimes libyennes (voir notre communiqué de presse). Nous avons contesté cette décision devant les tribunaux italiens. Notre audience est repoussée à avril 2027.
→​​​​​​​ En novembre 2025, nous avons formé l’alliance Justice Fleet, aux côtés de 14 ONG de recherche et de sauvetage en mer ainsi que de plusieurs organisations partenaires. Ensemble, nous refusons de collaborer avec les soi-disant garde-côtes libyens, afin de protéger la vie de toutes et tous, et de défendre le respect des droits humains et du droit maritime international en Méditerranée centrale.
Nous exigeons des voies sûres et légales pour toutes et tous !